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John Maynard Keynes (1883-1956), ce qu’on en retient aujourd’hui
8 janvier | 18 h 00 min – 20 h 00 min
Alain Fauqueur, économiste, ancien conseiller Technique principal à l’ONUDI (Organisation des nations unies pour le développement industriel), membre de la société française d’évaluation
On parle d’une « révolution keynésienne » et de « keynésianisme » dans le langage courant. Aujourd’hui, Keynes reste une référence théorique pour nous. Sa notoriété est mondiale. Cet économiste nous fait sortir de l’époque où la Monnaie était émise à hauteur de la réserve en or et où le crédit était accordé à hauteur de l’épargne préalable et disponible. En effet, dans les incompréhensions de la crise de 1929 Keynes observe l’illusion d’un retour à l’étalon-or d’avant la Guerre de 14-18 au prix de politiques récessives. Il s’oppose alors à Hayek qui voyait la crise comme résultat d’un excès de crédit.
La théorie de Keynes est puissante car elle apporte des prolongements pratiques de politique économique. Il est le fondateur de la « macroéconomie keynésienne » qui donne aux gouvernements la responsabilité de corriger l’incapacité des marchés à se réguler seuls, même au prix du chômage et de l’inflation. En effet, les marchés sont opaques alors que leurs informations devraient en faire des arbitres impartiaux. Par ailleurs, les monopoles et la concurrence imparfaite empêchent les prix d’assurer un équilibre. De plus, les salariés n’acceptent pas les baisses de salaires demandées pour contribuer à l’équilibre de ces marchés.
Keynes est donc hostile au « laisser faire-laisser passer » du libéralisme à la mode. Il récuse la « main invisible » d’Adam Smith.et se dit favorable à « l’euthanasie des rentiers ». Il est, par ailleurs, en faveur de la sortie du système de l’étalon-or. Pour lui, la Monnaie doit être émise pour encourager la consommation car la réponse sera la production et l’emploi de la main d’œuvre désœuvrée. Le déficit public, donc les bons du Trésor et la dette souveraine dès qu’elles circulent sont égales à la monnaie. Le déficit va financer de grands travaux et donc l’emploi comme avaient pu le faire autrefois les cathédrales et les pyramides. Par ailleurs, le crédit bancaire à taux attractif et en volume accru est une invitation à investir adressée aux entrepreneurs. À ce propos, on parlera plus tard de « policy mix ».
Le keynésianisme a donné naissance à un courant « néo-keynésien » dans les années 1970 et à un courant « post-keynésien » dans les années 1980, courants qui restent d’actualité.