Philosophie et sciences humaines

Penser le politique

 

1. Mercredi 6 novembre 2013

État et décroissance
Jean-Claude Besson-Girard, anthropologue, directeur de la revue Entropia

Jean-Claude Besson-Girard est peintre. Il a théorisé et pratiqué la décroissance en animant une communauté paysanne dans les années soixante-dix. Il publie en 2005 Decrescendo cantabile. Petit manuel pour une décroissance harmonique, qui fait le point de son combat pour la décroissance. Il est le président du Comité de rédaction de la revue Entropia, revue d’étude théorique et politique de la décroissance, créée en 2006.

Le conférencier abordera les questions suivantes. Face au perceptible et croissant désarroi lié à la montée des périls en tout domaine, n’est-il pas temps de s’interroger à nouveau sur l’État, sa nature, son histoire, ses fonctions et ses limites ? Depuis au moins trois siècles, la notion d’État a fait l’objet d’innombrables études et suscité de profondes controverses. Mais aujourd’hui, l’ambiguïté de notre rapport à l’État n’a sans doute jamais été aussi vive, car la crise anthropologique sans précédent dans laquelle nous sommes entrés, accentue les clivages tout en brouillant les repères. Or, tous les régimes étatiques actuels ont fait de la croissance économique la panacée de leur perpétuation, comme s’il était encore possible de penser l’État moderne sans tenir compte de l’état de la planète, ni de cet inquiétant désarroi des sociétés qu’ils régissent.

2. Mercredi 20 novembre 2013

Henry-David Thoreau (1817-1861), Exister en homme libre
Thierry Gilllybœuf, écrivain et traducteur

Thierry Gillyboeuf a une existence multiple. Entomologiste de formation il a d’abord été enseignant, puis est entré dans une administration militaire. Il préface, annote et/ou traduit une centaine de titres, chez une vingtaine d’éditeurs et sous une dizaine de pseudonymes différents. Il a eu le privilège de contribuer à l’organisation de deux colloques à Cerisy, de co-piloter un cahier de l’Herne et de collaborer à plusieurs revues (Europe, Le Nouveau Recueil, La Polygraphe, C.C.P., Friches, Po&sie, Le Matricule des Anges…).

Les auteurs sur lesquels il a le plus travaillé sont Remy de Gourmont, Georges Perros, William Carlos Williams, Leonardo Sinisgalli, Henry David Thoreau, Marianne Moore, Italo Svevo, Pico Iyer, Herman Melville… Et en 2012 il publie une riche biographie, claire et très documentée d’Henry David Thoreau qu’il intitule, Le célibataire de la nature.

T. Gillyboeuf montre les les étapes du cheminement de l’homme et de l’écrivain H. D. Thoreau, disciple de Ralph Waldo Emerson ; et qui fut un non-conformiste résolu. Après avoir vécu seul dans une cabane au bord d’un étang dans les bois, Thoreau publia Walden, récit de cette expérience, dans lequel il prêche la résistance aux diktats de la société organisée.

Cette liberté expérimentée au sein de la nature ne contredira pas, bien au contraire, les exigences éthiques du marcheur et du promeneur qui, tout en méditant, tout en brassant dans sa tête les leçons des sages grecs, latins, hébreux, indiens ou hindous, se consacre sans concessions à l’accomplissement de soi. Ne faut-il pas avoir pour tâche d’exister en homme libre authentiquement sage ? Libre car frugal et indépendant ? Et si c’était vrai pour tout homme, qu’il soit né américain ou pas, qu’il soit natif de la Nouvelle-Angleterre ou non ? Tout homme n’a-t-il pas pour tâche de se construire soi-même, sans maître à penser, sans prédicateur attitré, et sans chapelle obligée ? Et si cet homme-là, cet homme frugal, sans cupidité, sans goût pour le profit mercantile, fuyant les hypocrites et les intrigants, détestant les sectaires et les fanatiques, n’était autre qu’un vrai philosophe ?

3. Mercredi 4 décembre 2013

Alexis de Tocqueville (1805-1859), De la démocratie en Amérique et ailleurs
Emji Giletti-Abou, philosophe

Il s’agira de resituer l’œuvre de Tocqueville dans le contexte politique et idéologique de son époque ; de cerner la cohérence de ses analyses de la société démocratique qui prennent pour point de départ la société américaine post révolutionnaire et indépendante, mais qu interrogent profondément l’évolution politique et sociale de la société française ; enfin il s’agira d’identifier les héritages contemporains de cette pensée qu peut paraître paradoxale.
Le véritable objet d’analyse de Tocqueville est de comprendre comment on peut concilier les exigences des passions égalitaires avec l’impératif d’une liberté difficile, dangereuse et exigeante, afin de préserver la démocratie de la tyrannie. Parce que voilà bien le danger qui nous guette selon Tocqueville: une démission de la sphère politique, dans un renfermement sur soi qui n’est rien d’autre que le triomphe de l’individualisme, dans le désengagement de la sphère politique.
Comme le souligne Marcel Gauchet, toute société doit trouver une solution au problème posé par l’égalisation des conditions dans un contexte d’inégalités de fait : comment maintenir l’altérité, la différenciation entre les individus tout en atténuant les inégalités. La société occidentale mandate l’État pour remplir cette fonction, l’État « providence » ; fonction de protection du lien social toujours menacé.

4. Mercredi 15 janvier 2014

Les utopies socialistes
Antoine Abou, sociologue

Fourier, Owen, Saint-Simon sont des noms à la fois connus et oubliés du « socialisme utopique » tel que l’ont étiqueté Marx et Engels. L’idée de construire une cité idéale où règnerait une véritable justice sociale a traversé toute l’histoire depuis Thomas More au 16e siècle. Au moment de la révolution industrielle, le socialisme a particulièrement creusé la notion de propriété privée, le rôle de l’État, le travail et la répartition des richesses. Concrètement, beaucoup de projets ont été expérimentés notamment aux États-Unis, et beaucoup ont tourné court. Quelques-uns, comme le Familistère de Godin, ont duré plus d’un siècle jusqu’en 1968. De quoi nous donner à réfléchir.

5. Mercredi 12 février 2014

Une lecture de Marx (1818-1883) aujourd’hui
Philippe Corcuff, Maître de conférences de science politique à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon

Philippe Corcuff souligne à la fois des points méconnus du théoricien allemand et en propose une vue critique. Trois aspects seront alors principalement abordés : les apports de Marx à la critique du capitalisme et de ses contradictions ; la question de l’individualité de chacun et de ses possibilités d’émancipation ; et les ambivalences de Marx vis-à-vis de la question écologiste, qui constitue un des problèmes majeurs de notre temps.

6. Mercredi 12 mars 2014

Hannah Arendt (1906-1975) et la modernité
Annie Blazy, philosophe

Hannah Arendt, 1906-1975, est une philosophe qui se défend de l’être parce qu’elle a choisi d’explorer ce qu’est le politique et l’action politique en étudiant des problématiques ancrées dans une réalité qui demande à être « pensée » en dehors des concepts familiers de la philosophie politique.
Une conférence pour suivre son travail sur deux de ces problématiques qui mobilisent encore la réflexion critique des philosophes et autres chercheurs actuels:
- comment comprendre la « crise de la culture » qui affecte notre civilisation?
- comment comprendre la « banalité du mal » révélée par l’organisation de la solution finale?
Hannah Arendt propose une lecture originale et féconde des forces qui bouleversent notre modernité et nous ré-enseignent, au-delà des polémiques soulevées par des interrogations singulières, ce que penser veut réellement dire et impose à ceux qui désirent changer le monde.

La brèche entre le passé ou le futur
Vérité et Politique
Epilogue

7. Mercredi 9 avril 2014

Égalité et équité : les approches de John Rawls (1921-2002) et d’Amartya Sen (1933-)
Mathieu Hauchecorne, chercheur en sciences politiques