Travail et société

Les mercredis

La notion de travail et la réalité du travail sont multiples et s’expriment de diverses façons : c’est à cette complexité que nous invitera à réfléchir Yves Schwartz dans des mises en perspective historique et philosophique.
Le travail est activité humaine à la fois contrainte et volontaire, oppressive et libératrice, psychophysiologique et sociale. Le travail nous « fait » autant que nous le « faisons ». Ceci induit à  réfléchir à la fois sur le statut du travailleur – ce que nous examinerons avec les questions sur le droit du travail – et sur sa personne; ce qui sera évoqué à travers la question des rapports à la santé dans le travail.
Cette transformation réciproque de l’homme et du monde par le travail est décrite de manière exemplaire par Hegel dans la dialectique du maître et de l’esclave  et sera reprise chez Marx à travers la question de l’aliénation. Une des questions centrales du travail humain est en effet celle de la liberté. On retrouvera cette perspective en partie dans l’analyse des mouvements ouvriers et syndicaux.
Question que l’on retrouve au XXè siècle avec la perspective du « travail  en miettes » analysée par Georges Friedman  en 1956. Mais qu’en est-il aujourd’hui du travailleur comme « ressource humaine » qu’il faut « manager » ?
Enfin cette thématique de la liberté s’articule à celle du temps ; le fameux « temps libre », temps des loisirs (scholè grecque ou otium romain) par opposition au temps contraint du travail. Dans les années 70 Joffre Dumazedier avait développé l’idée de « civilisation des loisirs ».
Irons-nous au XXIè siècle vers ce que Jeremy Rifkin évoque dans « la fin du travail », un nouveau contrat social ?
Le cycle se terminera par une table ronde dont nous aurons ensemble à définir les contours.

 

1. Mardi 4 novembre 2014

Connaître et étudier le travail : l’ergologie
par Yves Schwartz, Professeur émérite, Université d’Aix-marseille, Laboratoire d’ergologie

La conférence suivra trois pistes de questionnement :
I – Y a-t-il une unité du « travail » aux différentes phases de l’histoire humaine ? Il s’agira de suivre l’hypothèse de trois « naissances » successives du travail.
II – Le travail comme « activité » : essai de justifier cette formule. Comment peut-elle aider à penser à la fois l’unité du travail aux différents moments de l’histoire humaine, et la diversification de ses formes ?
III – Cette présentation du travail peut-elle renouveler l’approche des différents domaines abordés dans ce cycle de conférences ?

 

2. Mercredi 3 décembre 2014

Le droit du travail
par Luc Justet, Inspecteur du travail

Contrat de travail, subordination, rémunération, durée du travail, sécurité au travail sont des concepts juridiques importants qui depuis plus d’un siècle cherchent à atténuer pour le travailleur subordonné, autrement dit le salarié, les effets de l’utilisation par l’employeur de sa situation de détenteur dans l’entreprise, des pouvoirs de direction, pouvoirs disciplinaire et règlementaire.
Derrière ces concepts se cache en fait une absolue nécessité de protéger la santé de corps dont les salariés ont perdu la maîtrise au sein d’une organisation matérielle qui les dépasse.
L’intervention aura pour objet de remettre ces corps soumis dans l’histoire qui leur est propre, celle de l’invention du travail abstrait, ainsi que dans l’histoire et la nature du droit qui les encadrent, le droit du travail.
Seront ainsi posées les questions politiques du sens de ce droit décidément original (est-il une nécessité ou une mystification ?) ainsi que de son utilité dans la société et de son efficacité.

Diplômé de l’IEP de Toulouse, formateur indépendant en droit du travail et relations sociales, Luc Justet a été près de vingt-cinq ans inspecteur du travail et formateur au ministère du Travail, conciliateur dans les conflits collectifs du travail et expert international auprès du BIT, de l’Union européenne, du Ministère du travail dans les domaines de la prévention des risques professionnels, du dialogue social et des conflits. En tant qu’enseignant dans le module Droit, il est membre de l’équipe pédagogique de l’institut d’Ergologie de l’université d’Aix-Marseille à Aix-en-Provence dont il est également diplômé. Il intervient également dans les entreprises, les administrations, les syndicats et devant les représentants du personnel dans tout type de formations sur le droit du travail.

 

3. Mercredi 14 janvier 2015

Le management en questions
par Annie Bastide-Blazy, Philosophe, consultante

Choisir d’interpeller le « management », comme nous y invite l’intitulé de cette conférence, et d’interroger tant le concept que les pratiques désignées par le mot, c’est implicitement et d’emblée considérer que le management pose question. C’est donc déjà prendre position et adopter une posture critique qu’il convient de caractériser pour identifier qui parle et d’où l’on parle. L’investigation menée par le philosophe ne se confondra pas avec celle des spécialistes des sciences humaines et encore moins avec celle des praticiens du management. Si les uns et les autres peuvent légitimement s’autoriser à conduire une enquête orientée par leurs intérêts professionnels et aller jusqu’à croiser leurs regards sur un présupposé champ commun de leurs curiosités, il n’est pas certain que l’objet observé demeure stable sous le scalpel de ses observateurs et il n’est donc pas exclu que l’aventure tourne court et que l’on ne sache plus très bien de quoi l’on parle.
Ainsi est-ce à partir d’un point de vue singulier, celui d’une expérience contingente ne prétendant à aucune valorisation théorique ou pratique, qu’est proposée une réflexion issue d’un parcours – celui de la conférencière –  où se sont mêlés les habitus du questionnement philosophique, les savoir-faire déclinés par les corpus psychologiques et sociologiques, les modes d’intervention de conseil et de formation, l’exercice du management d’équipe et de projet. En filigrane des aperçus à focale variable projetés en plan fixe par le récit, se lira peut-être l’histoire d’une débrouillardise avec la complexité et la saveur du réel.

Présentation pour le mensuel
S’imposant souvent comme un modèle privilégié de l’organisation du travail et de la société, le management dans sa théorie comme dans ses pratiques est aussi l’objet de critiques récurrentes. A partir d’une expérience professionnelle située dans et hors le champ du management, la conférence interroge l’intérêt et les limites de ce modèle de pensée et d’action.

 

4. Mercredi 11 février 2015

Mouvement syndical, mouvement ouvrier
par Sophie Berroud, Maître de conférences en science politique

Au jour où le taux de syndicalisation en France est particulièrement bas et où les sociologues s’interrogent sur l’existence d’une classe ouvrière, où en est-on aujourd’hui ?
Membre d’ATTAC, maître de conférences en science politique à l’université Lyon-II, Sophie Béroud, née en 1973, a pour thèmes de recherche privilégiés la sociologie du syndicalisme et des mouvements sociaux en France et en Espagne et l’analyse du discours syndical.

 

5. Mercredi 11 mars 2015

Travail et santé
par Pierre Trinquet, Docteur en sociologie

Quand on aborde la santé au travail, si l’on se contenter de s’intéresser à comment faire pour éviter les accidents du travail et les maladies professionnelles, c’est important mais ça ne représente qu’une petite facette du problème. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Si l’on accepte cette définition internationale, la santé au travail devient alors : le bien-être au travail. Mais est-ce possible ?
Pierre Trinquet a débuté comme technicien supérieur et syndicaliste dans l’industrie du BTP. Depuis 20001, il est responsable d’études au département d’ergologie de l’université de Provence

 

6. Mercredi 25 mars 2015

Travail et loisirs
par Jean-Michel Leterrier, Docteur en esthétique

« La culture nouvelle  commence là où le travailleur et le travail sont traités avec respect ». Maxime Gorki
« Le temps libre – pour les loisirs aussi bien que pour les activités supérieures – a transformé celui qui en jouit en un autre sujet, et c’est en sujet autre qu’il entre ensuite dans le procès de production » Karl Marx.
Contrairement à beaucoup d’idées reçues le temps de travail et le temps de non travail, qui n’est pas toujours un temps de loisir, forment un couple interdépendant, en effet la nature de l’activité industrieuse pèse directement sur le temps « non contraint », ainsi comme l’analyse Yves Schwartz le travail « hante » le non travail. Qu’ils s’agissent de la rémunération ou du contenu de l’activité de travail, ceux-ci interagissent sur le contenu des activités de loisirs et de culture. A travail déqualifiant, loisirs aliénés. C’est donc sur ces deux fronts qu’il faut agir, qualifier le travail et valoriser les loisirs.
Évoquer les relations qui se tissent entre travail et loisir est une idée neuve car longtemps les loisirs furent réservés à ceux qui précisément ne travaillaient pas (aristocratie, bourgeoisie). L’articulation de ces deux concepts étant par conséquent inopérante, les loisirs n’étant pas un temps arraché au travail, mais figurant un temps et un usage totalement autonome.
Les revendications sociales et syndicales portèrent, et portent encore, sur la réduction du temps de travail et non sur l’octroi ou l’augmentation d’un temps libre, d’un temps de loisir, ce qui n’est pas la même chose, et qui explique, pour une part la difficulté à organiser la sphère du loisir.
Journée de 8heures, semaine anglaise, 40heures, 35heures … sont autant de revendications justifiées par la pénibilité du travail ou le partage de celui-ci pour réduire le chômage.
La réduction progressive du temps de travail libéra, de fait, un temps de non travail.
C’est le front populaire qui marque la première apparition du concept de loisir, les grandes grèves avec occupations d’usines (comment s’occuper en occupant ?), la création d’un secrétariat au temps libre, les 2 jours de repos consécutifs, les congés payés, sont autant d’avancées sociales qui permettent aux salariés d’imaginer un autre temps que celui du travail.
Mais tout est à inventer en ce domaine et il faudra attendre la Libération pour que le pays se dote enfin des structures et des espaces propices à l’exercice de cette nouvelle conquête. Les comités d’entreprises créés en février 1945 devront répondre à cette nouvelle aspiration populaire.
70 ans après leur création ou en sommes-nous ?

Jean-Michel Leterrier est né en 1953 ; il entre à 16 ans comme manœuvre dans une entreprise de la métallurgie. Il y restera 12 ans. Pendant 6 ans il suivra des cours du soir, afin de préparer les CAP de monteur cableur et d’électronicien.
A 22 ans, il est secrétaire général du Syndicat de la métallurgie CGT des 5ème, 6ème, 13ème et 14ème arrondissement de Paris.
Technicien supérieur il quitte l’usine pour se consacrer à l’action culturelle.
Animateur au CAC de Corbeil, responsable des activités culturelles du comité d’entreprise Renault-Billancourt, secrétaire national, puis vice-Président de la Fédération nationale Travail et culture, directeur des affaires culturelles de la ville de Bobigny, chargé d’étude à la CCAS, il devient en 1989 responsable du service de politique culturelle de la CGT, fonction qu’il occupera jusqu’en 1999. Parallèlement il entame des études universitaires à Paris VIII Saint-Denis, DESU en 1988, DEA en 1989, il soutient en juin 1995 une thèse de doctorat en science et technologie des arts « Les comités d’entreprise et les arts-plastiques, de l’aire de la médiation à l’ère du métissage », il obtient pour cette soutenance la mention « très honorable et les félicitations du jury ».
Docteur en esthétique, il a enseigné au département d’Ergologie de l’université d’Aix en Provence, à l’Université d’Evry et à l’IUT carrières sociales Paris V. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres.
Après une parenthèse politique qui le vit maire adjoint chargé de la culture de Juvisy de 1995 à 1999, conseiller municipal de Vigneux sur Seine, candidat à 2 reprises aux élections cantonales et législatives, puis assistant de sénateur, il retrouve en 2006 les Comités d’entreprise.

 

7. Mercredi 15 avril 2015

Table ronde
animée par Yves Schwartz,
Professeur émérite, Université d’Aix-Marseille, Laboratoire d’ergologie

Nous proposons une séance de 3 heures pour cette Table ronde (17h-20h) pour donner le temps à  l’expression d’approches différentes du travail et de témoignages personnels, de discussions et de réflexion avec le public.

Après une introduction, des exposés :
– D’une critique du travail  salarié à des propositions alternatives par Vincent Makowski, graphiste, plasticien  (montage audiovisuel)
– Une approche transformatrice : l’Ergologie, témoignage de Jean-Pierre Antonanzas, directeur d’entreprises de l’économie sociale
– Psychanalyse et travail par Michel Bonnaventure, psychanalyste
– Espace de liberté dans le travail, témoignage de Florence Moralès, ingénieur agronome
– Travail et rente par Alain Fauqueur, économiste

Les exposés sont suivis d’une pause, puis d’une discussion avec le public. La séance se terminera par une intervention d’Yves Schwartz.